RESSOURCES ÉDUCATIVES LIBRES, FACTEURS D’INNOVATION PÉDAGOGIQUE Par Collaboration spéciale -25 septembre 2019.

Par Khadija Alaoui, étudiante chercheuse en Ingénierie de la formation, Technologies éducatives et Communications (Université Mohammed I, Maroc)
« Une personne qui n’a jamais commis d’erreur n’a jamais tenté d’innover » – Albert Einstein

En effet, l’erreur nourrit le processus d’innovation qui est à la fois complexe et dynamique. Sa complexité réside dans la création du désordre que subit le contexte innové, car ce qui peut être innovant dans un environnement peut ne pas l’être dans un autre. Sa dynamique est conçue dans le désir d’amélioration et de progrès d’une situation donnée afin de rendre plus efficace les pratiques anciennes. Cerner le concept d’innovation n’est pas une affaire facile. Mais au moins il faut savoir qu’il est lié à l’action, c’est un processus bien plus qu’un produit (Cros, 1996).

D’abord, l’innovation touche tous les domaines. Par exemple, dans le domaine économique,le caractère cyclique de l’économie trouve son origine dans l’innovation. Joseph A. Schumpeter définit cette dernière comme « les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transports, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle ». Selon le même économiste, « le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais apparaît à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le ruiner ». Nous constatons alors que l’innovation relève de tout ce qui est du nouveau, autrement dit c’est une nouvelle perception du monde! Et si nous remontons à l’étymologie du mot « innovation » en latin “innovare” nous constatons que “novare” signifie rendre nouveau, renouveler, refaire, transformer et changer. Dans le champ des sciences de l’éducation, l’innovation se traduit soit par une production nouvelle, soit par l’amélioration de certaines modalités pédagogiques. Elle se formalise dans l’introduction de nouveaux usages dans les pratiques pédagogiques des enseignants. Innover, c’est rendre possible aujourd’hui l’impossible d’hier.

De quelle innovation parlons-nous dans le domaine des sciences de l’éducation?

Le monde est en évolution permanente et l’innovation est devenue une nécessité. D’abord, la révolution des technologies numériques apporte son lot de changements profonds dans tous les domaines, à savoir le domaine des sciences de l’éducation dont il est question ici. En outre, l’essor exponentiel des technologies numériques nous invite à revisiter les pratiques pédagogiques et à explorer ses potentialités prometteuses en termes de compétences, de ressources et de dispositifs. La question qui se pose est si l’innovation est au service du changement des pratiques enseignantes? Dans le domaine des sciences de l’éducation, l’innovation est surtout d’ordre pédagogique, alors qu’entend-on ici par innovation pédagogique? Pour Émile Durkheim la pédagogie ne se réduit pas à une pratique, c’est une théorie non scientifique qui vise l’amélioration de l’action éducative par la critique et l’innovation. Nous considérons sous le terme “innovation pédagogique” toute action modifiant les usages et les pratiques habituelles des enseignants et des apprenants. Ensuite, l’innovation au milieu du contexte éducationnel est surtout un changement de perception, et non pas un bouleversement de la logique du travail du système éducatif. C’est plutôt un ajustement dans ce dernier. Cet ajustement peut toucher par exemple la manière d’agencer le contenu enseigné, la démarche pédagogique adoptée, etc.

Innover en s’appuyant sur l’usage des ressources éducatives libres

Plus qu’auparavant les ressources éducatives libres (REL), en anglais Open Education Resources, contribuent à l’innovation pédagogique. Elles sont nées dans le contexte de la démocratisation du savoir, afin d’améliorer l’efficacité de l’enseignement. Les REL cherchent au premier plan à aider les différents acteurs d’enseignement, spécifiquement les professeurs et les étudiants, à innover durant leurs processus d’enseignement-apprentissage et de rendre leur rapport à l’information plus efficace et pérenne. D’abord, REL est un concept qui captive l’imagination des professeurs du monde entier, à la fois ceux qui cherchent à trouver des ressources libres et ouvertes pour les utiliser avec leurs étudiants et ceux qui cherchent à mettre leurs propres ressources à la disposition des autres. Assurant ainsi aux étudiants un accès gratuit à un contenu de qualité. Mais au-delà du sentiment général de vouloir donner aux étudiants un accès gratuit aux cours de haute qualité, que signifie REL? Et de quels bénéfices parle-t-on en les utilisant? En 2002, le terme « ressources éducatives libres » a vu jour durant le forum portant sur l’impact des didacticiels libres pour l’enseignement supérieur dans les pays en développement, organisé par l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO). Cet événement a connu la réunion d’un ensemble éclectique de chercheurs universitaires et d’experts de l’éducation qui ont attribué la définition suivante au REL : « des matériaux d’enseignement, d’apprentissage ou de recherche appartenant au domaine public ou publiés avec une licence de propriété intellectuelle permettant leur utilisation, adaptation et distribution à titre gratuit ». Selon le deuxième forum mondial organisé par UNESCO en 2004 sur l’assurance de la qualité internationale, l’accréditation et la reconnaissance des qualifications, le concept REL renvoie à « élargir l’accès à un enseignement supérieur de qualité ». Ainsi le comité scientifique de ce forum a abouti à une répartition sous trois volets complémentaires :

  • Ressources d’apprentissage : logiciel de cours, modules de contenus, objets d’étude, soutien aux étudiants et outils d’évaluation, communautés d’étude en ligne.
  • Ressources de soutien pour les enseignants : outils pour les enseignants et matériel de support pour leur permettre de créer, d’adapter, et d’utiliser les REL.
  • Ressources pour assurer la qualité de l’éducation et des pratiques éducatives.

En outre les REL renvoient à toute ressource pédagogique qui peut être consultée, copiée, réutilisée, adaptée ou partagée librement et qui est mise à disposition de tout le monde sous licence libre, afin que son utilisation n’implique pas le versement de droits de licence (le Congrès mondial des REL, UNESCO 2012). Les licences sont sous l’organisation de Creative Commons – un ensemble de licences régissant les conditions de réutilisation et de distribution d’œuvres qui assurent les droits d’auteur des outils. Finalement, selon la Déclaration de Qingdao (2015), les REL permettent aux acteurs de l’éducation d’améliorer la qualité et d’élargir l’accès aux manuels scolaires et aux autres contenus d’apprentissage pour en stimuler une utilisation innovante et favoriser la création de savoir.

Utiliser les REL pour quels bénéfices?

D’une part, le coût croissant des frais scolaires dans de nombreux établissements et la situation sociale d’un grand nombre d’étudiants ne permettent pas d’acheter des manuels. Alors que les REL assurent pour chaque étudiant l’accès aux supports du cours sans prendre en compte les coûts. D’autre part, l’usage des REL contribue à la démocratisation du savoir, autrement dit à « un gain d’ordre économique ». Ensuite, les REL offrent aux enseignants la possibilité de créer des supports personnalisés pour leurs cours. Là où la plupart des manuels auront leurs forces et leurs faiblesses, l’intégration des REL permet à un membre du corps enseignant d’attirer uniquement des documents solides dans leur classe. Elles offrent aux enseignants une grande variété de supports sur lesquels leurs cours seront basés. Enfin, nous pouvons considérer que les REL sont importantes puisqu’elles fournissent du support abordable aux étudiants. La fréquence de leur usage favorise l’autonomisation des individus. En plus, les REL donnent aux enseignants la possibilité d’améliorer les supports utilisés dans leur propre cours étant donné qu’elles leur offrent un contenu riche et diversifié. Bibliographie :

  • PERAYA, Daniel. Analyser, soutenir et piloter l’innovation : un modèle “ASPI” (2004).
  • METZGER, Jean-Luc. & Delalonde, Charles. Innovation pédagogique et collective dans la formation en ligne en France et aux États-Unis. 
  • MARSOLLIER, Christophe. L’innovation pédagogique : ses figures son sens et ses enjeux. 
  • MIDDLEHURST, Robin. And CAMPBELL, Carolyn. Quality Assurance and Cross-border Provision: Issues and challenges. June 2004. Paris, France.
Webographie :

Publié sur la page : https://ecolebranchee.com/reussir-sa-video-educative/

Que ce soit pour se divertir ou s’informer, des millions de séquences vidéo sont visionnées chaque jour, via les réseaux sociaux. Un phénomène qui s’est assez vite répandu après la création de YouTube en 2005. En effet, selon des statistiques récentes, il s’agirait de 400 heures mises en ligne chaque minute et d’un milliard d’heures de vidéo regardées chaque jour. Un chiffre déconcertant. Par Zohra Abbadi Étudiante en master 2 Ingénierie de la formation, technologies éducatives et communication, Université Mohammed Premier Oujda-Maroc L’éducation n’échappe également pas à ce phénomène. En effet, la vidéo est devenue l’une des principales méthodes de transmission d’objets d’apprentissage vers des élèves et étudiants de tout âge. Ainsi, pour que la vidéo puisse être efficacement mise au service d’une intention pédagogique, une réflexion quant à leur élaboration s’avère nécessaire. En premier lieu, des études ont démontré que la durée maximale pour maintenir l’attention de l’apprenant est de six minutes. Il est alors indispensable de réaliser des vidéos d’une durée qui en est inférieure ou d’opter pour des vidéos interactives qui captent l’attention de l’apprenant au-delà des six minutes de découverte, créant ainsi des vidéos éducatives d’une durée maximale de 15 minutes. En cas de cours nécessitant un temps plus important, le recours à des professionnels est recommandé pour réaliser un découpage du contenu de la vidéo. En deuxième lieu, et partant du constat que les vidéos à but éducatif permettent une meilleure rétention de l’information, il faut penser à maximiser la mémoire de travail de l’apprenant, en faisant appel aux deux canaux responsables de l’acquisition et du traitement de l’information : le canal visuel et le canal auditif. Il a été prouvé, en effet, qu’utiliser des images accompagnées d’un son adapté promeut la compréhension et l’engagement envers la leçon. Un son vivant, créant une sorte de conversation virtuelle entre l’enseignant et l’apprenant. Enfin, dans une étude intitulée « How video production affects student engagement » réalisée sur 862 vidéos de cours EdX, Juho Kim souligne, entre autres, que pour concevoir une vidéo éducative efficace il faut que :

  • Les vidéos incorporent la silhouette de l’enseignant lorsqu’il s’agit de diaporamas PowerPoint;
  • Les vidéos soient produites avec une touche plus personnelle;
  • Les instructeurs parlent assez vite et avec beaucoup d’enthousiasme.
Vos vidéos ont tout simplement, besoin de vie. Donnez-en leur!

Références

  • Mayer, R. E. (2008). Applying the science of learning: Evidence-based principles for the design of multimedia instruction. American Psychologist, 63(8), 760-769.

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